
Leon Walker, 33 ans : coupable de piratage ou pas ?
Leon Walker est un technicien en informatique de 33 ans. Il vit dans le Michigan, dans le nord-est des États-Unis, plus précisément dans le comté d’Oakland. Arrêté il y a près de deux ans et libéré sous caution depuis, son procès aura lieu le 7 février prochain. Le cas fait couler de l’encre et les avis sont partagés. L’accusation base son plaidoyer sur une loi de l’état du Michigan qui spécifie entre autres que «…une personne ne peut intentionnellement et sans autorisation ou en outrepassant une autorisation valide faire ce qui suit : avoir accès et donner accès à un programme d’ordinateur, à un ordinateur, à un système ou à un réseau pour obtenir, altérer, endommager, effacer ou détruire la propriété d’autrui…».
Cette loi est habituellement utilisée quand on veut poursuivre quelqu’un pour vol d’identité ou de secrets de fabrication, mais c’est la première fois qu’elle est employée dans le cadre d’une affaire domestique. Une affaire qui pourrait s’intituler «Clara et ses trois maris».
Leon Walker, l’accusé, était le troisième mari de Clara Walker. « Était » parce que Clara a demandé le divorce dès l’arrestation de Leon. Le deuxième mari de Clara, lui, a déjà été arrêté pour l’avoir battue devant son petit garçon, né d’un premier mariage.
Parce qu’il soupçonnait Clara de revoir son deuxième mari et qu’il avait peur que le petit garçon soit de nouveau témoin de violence domestique, Leon Walker a déclaré être allé fouiner dans la messagerie gmail de sa femme pour trouver des preuves de cette liaison. Et preuves il a trouvées.

Leon Walker, devant la balançoire qu’il a construite pour sa fille de 3 ans. Photo Kimberly P. Mitchell, Detroit Free Press, via AP
«J’ai fait ce que je devais faire», a-t-il déclaré dans
une récente entrevue. «Il y avait un enfant en danger». En fait, Leon était tellement inquiet pour l’enfant qu’il n’a pas hésité à transférer les courriels prouvant que Clara revoyait bel et bien son deuxième mari à… son premier mari, le père légitime de l’enfant, qui a immédiatement réclamé la garde entière.
Selon les spécialistes, le cas est loin d’être clair légalement puisque Clara et Leon vivaient ensemble à l’époque et que Leon Walker avait facilement accès à l’ordinateur de sa femme.
Lors de l’enquête préliminaire, cette dernière a déclaré que son mot de passe était secret et que, même si c’est Leon qui avait acheté l’ordinateur portable pour elle, il lui appartenait à elle seule. De son côté, Leon a affirmé qu’il utilisait régulièrement cet ordinateur et que tous les mots de passe de Clara étaient inscrits dans un petit carnet qu’elle gardait près de l’ordinateur. Selon lui, c’était même l’ordinateur familial. Qui dit vrai, qui dit faux ?
Selon le procureur, Leon Walker n’est ni plus ni moins qu’un pirate informatique puisque la messagerie de Clara était protégée par un mot de passe, que l’homme est calé en informatique et qu’il a utilisé ses connaissances à des fins discutables. L’avocat de la défense n’est pas d’accord. Selon lui, la loi que l’on veut appliquer au cas de Leon Walker est une loi anti-piratage, du genre qu’on utilise quand on veut juger quelqu’un qui a pénétré dans un système gouvernemental ou privé dans le but de nuire. C’est une loi qui sert à protéger contre le vol d’identité ou pour empêcher le vol de droits de propriété.
A-t-on le droit de lire les courriels d’un(e) conjoint(e) sans son autorisation ?
Poser la question c’est y répondre, parce que la poser suppose qu’il y a un doute. Un homme fouille dans les courriels de sa femme parce qu’il a peur, a-t-il affirmé par la suite, que l’enfant soit encore le témoin de violence. Mais sa femme, il n’a pas peur qu’elle se fasse battre encore, que ce soit devant l’enfant ou pas ?
Par le passé, les femmes découvraient des numéros de téléphone dans les poches de leurs maris. Les maris fouillaient dans les tiroirs et trouvaient des lettres écrites par un étranger à leurs femmes. Aujourd’hui, de plus en plus de cas de divorce impliquent un peu d’espionnage et de fouinage dans des messageries, des comptes Facebook ou tout autre matériel en ligne. Autres temps, autres outils, mêmes moeurs…
Suite à cette histoire, le Detroit Free Press a réalisé un sondage : Devrait-il être légal de fouiller dans les courriels de son époux(se) ? Deux réponses étaient possibles : «Jamais de la vie ! La vie privée est un droit essentiel, même dans un mariage.» ou «Oui, pourquoi pas ? Comment l’avoir à l’oeil, sinon ?» Résultat : 6566 répondants sur 8616 croient que oui, on devrait avoir le droit de fouiller dans la messagerie de son époux(se), soit plus du trois quart des répondants.
Pour le quart restant, qui croit que le droit à la vie privée est primordial, il lui faut s’attarder sur un détail important : quelles sont les limites de la vie privée ? Un autre débat sans fin…