Facebook et les dérives humaines…

13 mai 2010 -

apero géant nantesLes anciennes générations, celles qui n’ont pas fait la migration numérique, sont certainement éberluées par ce qui se passe avec le Web. Je les comprends. Cependant je crois aussi qu’il ne sert à rien de refuser le progrès. On n’empêchera pas le progrès d’avancer. Même les vieux sages le disent…

Mais si l’on ne veut rien comprendre au progrès alors il est certain que cela restera toujours un domaine inconnu, étranger, effrayant. Il faut aussi savoir qu’en nos sociétés civilisées, certains fossés générationnels se creusent dangereusement.

En effet, le développement des nouvelles technologies fait en sorte que, pour la première fois de l’humanité, les jeunes doivent apprendre aux vieux comment fonctionner (au numérique). Cette réalité va certainement à l’encontre de bien des principes ancestraux mais cela ne l’empêche pas d’exister. Et il est certain que notre réalité numérique ne s’effacera pas d’un coup de baguette magique.

Il est aussi vrai qu’il est facile de remarquer certaines dérives virtuelles. Et il est facile d’en faire des généralités qui ne reflètent pas toute la réalité qu’elles dépeignent. Celles-ci sont souvent à la grandeur de l’outil qui les fait naitre. Et elles peuvent certainement faire peur. À ce sujet, au cours ces dernières semaines, j’ai vu arriver du coin de l’écran un nouveau phénomène « Web-réel ». Un phénomène Web plutôt inquiétant…

Une foule ivre qui délire

Tout d’abord, il faut comprendre qu’en France prendre l’apéritif fait entièrement partie des mœurs. Ceci dit, il n’en fallait pas plus pour que des petits malins réalisent à quel point Facebook est un outil ultra pratique pour organiser un nouveau type de rencontre: les apéros géants!

Ceux-ci s’organisent sur Facebook et l’information est ensuite relayée sur Twitter. En quelques heures, il est ainsi possible de rassembler des milliers de gens en un même endroit. Mais imaginez une foule de 10 000 personnes complètement saoules sur une place publique, et vous comprendrez les frissons que ressentent les élus municipaux des villes où s’organise ce genre de fête! La première manifestation de ce genre a eu lieu en novembre 2009 à Nantes. Sur les 3000 fêtards réunis, une cinquantaine de participants ont fait un coma éthylique…

À Monptellier, 10 000 personnes se sont réunies sur l’esplanade de l’Europe pour participer au plus gros apéro géant jamais vu en France! L’ampleur du rassemblement était tel que la police a dû être mobilisée. Et des conteneurs à verre ainsi que des toilettes ont dû être installés sur le lieu du rendez-vous. Constat de la soirée: 23 personnes traitées pour des chutes, des coupures ou des problèmes liés à l’alcool et huit personnes hospitalisées.

Une première victime réveille l’opinion publique

Et voici que le dernier apéro géant ( qui s’est déroulé à Nantes) défraie les manchettes en France pour une triste raison. Un jeune homme de 21 ans est mort en tombant du pont qu’il essayait d’escalader. C’est la première victime de ce genre de rassemblement et cela réveille les consciences!

Personnellement, depuis que je regarde aller cette mode, j’ai l’impression de voir un train à grande vitesse filer tout droit dans un mur. J’en discute un peu sur Twitter. Je réalise alors que le principe en soi est beaucoup moins choquant pour les Français que cela ne le parait depuis mon écran québécois. D’ailleurs, François Granger, un internaute en France m’explique: « Faire la fête, c’est normal pour une certaine tranche d’âge. Facebook permet de créer du lien et de faire des grosses fêtes. Ça existait avant Facebook! En Bretagne, c’était les FestNoz et dans d’autres régions les bals populaires. Mais quand c’est officiel, ça coûte cher. Quand c’est spontané ça coûte juste l’alcool qu’on y apporte! »

J’imagine qu’avant de juger trop sévèrement Facebook pour ce genre de situation, il faut d’abord arriver à comprendre le genre humain. Ensuite il faut essayer de trouver des solutions pour régulariser ce genre de situation. Mais avec toutes les possibilités du Web 2.0, il est certain que  l’on a pas fini d’en voir, du meilleur comme du pire…

À lire aussi sur le sujet: Les apéros géants, un pied de nez à la crise…


Comments (5)

  • Pour compléter ton excellent articles, voici un twit de Maitre Eolas, avec son humour parfois grinçant : « Un type ivre se tue et il faut interdire les apéros Facebook ? Alors dites adieu aux grandes vacances. » http://twitter.com/Maitre_Eolas/status/13970257815 .

    Et je recommande les deux premiers paragraphes de l’article de Slate.fr qui ressituent pas mal le sujet : « Les apéros géants, un pied de nez à la crise (MàJ) » http://www.slate.fr/story/20763/aperos-geants-jeunesse-crise-interville-facebook

  • Rustik dit :

    « On a tous le droit de rater sa vie comme on le choisi » (tiré du Fabuleux destin d’Amélie Poulain » je crois…)

    Les gens qui se présentent à ces rassemblement choississent d’y être. Si le mal qu’il y font est à eux même… où est le problème? On a là une des plus géniale validation du darwinisme^^

    De plus, 23 personnes sur 10 000, on ne peut pas dire qu’il y a vraiment eu problème… c’est 0,23%… un quart de un pourcent… il y en a plus dans un party de fin de session à l’université…

  • Paul Roger dit :

    Est-ce le début d’un retour aux vrais réalités humaines, que socialiser n’est pas Twitter, mais plutôt avoir du vrai monde autour de nous, avec leur vrai visage, leur voix?
    On voit le même phénomène chez LinkedIn au Québec (entre autres)..un retour « back to the Future? »??????

  • Alphéus dit :

    Québécois installé en France depuis quelques années, je vois aux nouvelles ces rassemblements que je qualifierais de ridicules… Ce qui n’est pas indiqué dans l’article écrit plus haut, c’est que sur les 10000 personnes présentes à cet évènement, 70% ont moins de 18 ans, donc environ 7000. Ce n’est pas un rassemblement convivial, c’est un rassemblement pour se soûler la gueule. De plus, en France, le peuple a de très très gros problèmes avec l’autorité, alors inutile de mentionner la crise, et quand tu as 16 ans et que tu ne commenceras pas à travailler avant la fin de tes études (ben oui, en France, les étudiants ne travaillent pas!!!), l’alcool que tu consommes vient de l’argent de tes parents…