On le sait, les réseaux de proxénètes pullulent sur le Net, par le biais de sites d’escortes, mais aussi par celui de services de petites annonces… en tous genres.
La prostitution, façon 2.0, est de plus en plus présente sur le Web. On la retrouve sur des sites d’escortes, qui louent une page pour y publier leurs photos et autres détails «pertinents», tels que leurs mensurations, les services offerts et les tarifs.
Mais on la retrouve également dans les petites annonces classées, dans des rubriques aussi «innocentes» que des offres de rencontres, d’emploi ou de massages.
Mais il n’y a pas que les prostitué-e-s à se servir de ces sites d’annonces. Les proxénètes s’en servent aussi, et de plus en plus. Seulement, ce qu’on y trouve n’est pas nécessairement ce qui y est annoncé…
LE CAS KENDALE JUDGE
Un récent article du New York Times rapporte qu’en novembre dernier, une femme a entendu quelqu’un tambouriner frénétiquement sur la porte de son appartement, dans un édifice de Brooklyn.

«19 ans» dit l’annonce publiée sur Backpage.com... Pas mal plus jeune, disent les photos...
La femme, surprise, a ouvert, pour se retrouver face à une fillette terrifiée qui la suppliait de la laisser utiliser son téléphone, pour pouvoir appeler d’abord sa mère, puis le 9-1-1.
La fillette de 13 ans a par la suite raconté à la police que tout avait commencé en septembre 2011 quand un homme l’avait approchée alors qu’elle quittait le centre jeunesse où elle vivait. Il lui avait payé un repas et lui avait répété qu’elle était belle.
Quelques jours plus tard, la photo de l’enfant se retrouvait sur un site de petites annonces (dans la section des annonces personnelles…) et elle travaillait comme prostituée.
Son souteneur la «vendait» de cinq à neuf fois par jour, a-t-elle précisé, et la battait quand elle ne faisait pas assez d’argent. Le jour où elle a frappé à la porte de l’inconnue, c’est qu’elle n’en pouvait plus.

Kendale Judge, 21 ans, proxénète d’une fillette de 12 ans...
Elle se rendait à l’appartement où l’attendait un énième client, quand elle avait décidé de frapper sur une porte au hasard, en espérant trouver de l’aide. Elle savait que son proxénète l’attendait en bas de l’édifice, question de s’assurer qu’elle ne tenterait pas de s’échapper.
Elle n’en pouvait plus de se faire violer, a raconté la fillette. Ses organes génitaux saignaient, elle avait mal et son souteneur, très violent, l’avait récemment jetée en bas d’un escalier en représailles parce qu’elle avait tenté de fuir.
Il la gardait captive depuis.
Les policiers ont fait enquête et ont arrêté quelques jours plus tard un jeune homme de 21 ans, Kendale Judge. Accusé de trafic sexuel, d’enlèvement, de viol, d’avoir mis en danger le bien-être d’un enfant et d’incitation à la prostitution, le jeune homme a plaidé non coupable et n’est pas encore passé en jugement.
Si jamais il est trouvé coupable, il est passible de 25 ans d’emprisonnement…
CRAIGLIST, BACKPAGE, ET CIE.
Ce qu’a aussi révélé cette histoire, c’est la façon dont la jeune fille a été «mise sur le marché» par le biais d’annonces placées sur le site Backpage.com, un important site de petites annonces présent aux États-Unis, mais aussi au Canada, en Allemagne, en Irlande, au Mexique, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, en Espagne, dans les Caraïbes, en France et au Royaume-Uni !
Un site qui, comme le souligne l’auteur de l’article du New York Times, est une vraie providence pour les clients qui peuvent y commander un (e) prostitué (e) en ligne, mineure ou pas, aussi facilement qu’une pizza.
En effet, pourquoi risquer de mettre des filles sur le trottoir, alors qu’il est si facile de les vendre par Internet ?
Backpage.com appartient à Village Voice Media, les propriétaires de The Village Voice, l’hebdomadaire culturel new-yorkais bien connu.
Des procureurs de 48 états américains (sur 50) ont écrit une lettre commune à Backpage, demandant la fermeture des petites annonces destinées aux services «offerts aux adultes», alléguant que c’était devenu un important carrefour du trafic sexuel impliquant des mineures.
Déjà, le site d’annonces Craiglist avait été obligé, après une longue campagne de protestation publique, de fermer sa section d’annonces liées au sexe.
Escortes et proxénètes ont alors migré vers Backpage pour y publier leurs annonces.
Mais Backpage a répondu en long et en large que l’entreprise prenait le problème au sérieux, que plus de 100 personnes travaillaient à débusquer les annonces douteuses, mais que de toute façon toute cette histoire était exagérée et que même les statistiques montrant une hausse de la prostitution juvénile étaient exagérées.
LE VRAI PROBLÈME
Pourtant, quand on examine la montée incessante de la pédophilie sur Internet, comment pourrait-on croire que la prostitution de mineures ne serait pas, elle aussi, à la hausse?
On n’a qu’à taper «Teen + escort» dans Google, pour voir le nombre effarant d’offres…
Il faut dire que Backpage gagne plus de 22 millions de dollars chaque année grâce à de telles annonces. Difficile de renoncer à 22 millions… Même si ça veut dire mettre la vie d’enfants de 13 ans en danger…
Le vrai problème en fait, c’est que depuis la Lolita de Nabokov, les Humbert Humbert* semblent de plus en plus nombreux sur cette terre. Les histoires de pédophilie et de prostitution juvénile prolifèrent à qui mieux mieux et la faute n’incombe ni à Internet ni aux sites de petites annonces.
Ces derniers ne font en fait que ce que faisaient les «madames» des bordels d’autrefois; ce sont les intermédiaires.
Non, ce qu’il faut questionner, c’est pourquoi…
Pourquoi tant d’hommes ont-ils une fixation sexuelle sur les enfants?
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L'affiche du film Lolita, de Stanley Kubrick (MGM)
* Humbert Humbert est le héros du roman Lolita, de Vladimir Nabokov. Sous prétexte qu’à 13 ans il était amoureux d’une fillette de 12 ans qui mourut quelques mois plus tard, Humbert garde une fixation toute sa vie pour les nymphettes et ne parvient à satisfaire ses pulsions sexuelles que par des rapports tarifiés. Stanley Kubrick en a tiré un film.










Depuis sa création en 2006, le site de microblogage Twitter a été autant critiqué que louangé.
La pornographie en ligne est facile d’accès, on le sait.
Le 17 novembre 2006, Evan avait 25 ans.

