On parle ici de notre réputation en ligne. Vous pensez être à l’abri, lisez ce qui suit.
Avoir une vie sociale virtuelle, clavarder, poster des photos plus ou moins personnelles, de bon goût ou non peut un jour ou l’autre nous retomber dessus.
Prenons le cas de Sylvain. Cadre commercial, la jeune trentaine aimant la vie et avec des revenus qui lui permettent d’en profiter.
Sylvain, dès qu’il le peut, file dans le sud pour profiter des plages chaudes et des « plaisirs locaux », le tout abondamment documenté et affiché sur sa page Facebook.
Le même Sylvain, depuis son adolescence voue une passion sans limites au « Black metal » et a longtemps fait partie, jusqu’à la fin de son diplôme universitaire, d’un groupe dont le bon goût prohibe la publication du nom évocateur dans ces colonnes.
Enregistrements audio, paroles et photos de Sylvain s’époumonant avec ses acolytes couverts de faux sang et à moitié nus dans le sous-sol de ses parents remplissent sa page MySpace. Et histoire de se rappeler le bon vieux temps, les amis se sont retrouvés récemment pour fêter les 15 ans du groupe.
Tous aujourd’hui cadres dans des institutions financières ou reliés au marché boursier, se revoir après toutes ces années et renouer avec leur occupation pour le moins bruyante a été un véritable plaisir pour eux dont témoigne la vidéo HD postée sur YouTube.
Le tout affublé de nombreux mots clés qui rappellent le bon vieux temps en pointant vers MySpace et les pages personnelles Facebook de chaque membre histoire de montrer ce qu’ils sont devenus.
Bref, Sylvain est un jeune trentenaire normal bien de son temps.
Mais Sylvain vient de se trouver frappé par la crise. Le cabinet de consultants en commerce international où il occupait un poste junior va moins bien en ce moment et il se retrouve sans emploi du jour au lendemain.
Mais il ne se fait pas trop de soucis. Lettres de recommandations de ses deux précédents employeurs en poche, un CV long comme le bras montrant qu’il est l’employé du mois idéal et armé pour répondre à tous les questionnaires de motivation et de « leadership » que son profil impose, il a confiance.
Mais il y a un os. Car avant son profil professionnel, c’est maintenant son profil social qui est regardé en premier.
Sylvain en bon vivant qu’il est, ne verrouille pas ses données personnelles en ligne, tous ses amis et conquêtes peuvent les consulter, tout comme les responsables des ressources humaines à qui il a envoyé son CV la semaine dernière.
Cette compagnie de chasseurs de têtes par exemple où il avait été vivement recommandé par son ancien employeur.
La responsable du placement, payée, rappelons-le pour la qualité des gens qu’elle sait dénicher, a été plus qu’étonner de savoir que ce jeune cadre au CV parfait est capable de boire son 6 pack en moins de 15 minutes et qu’il ne compte plus le nombre de ses conquêtes féminines lors des 5 à 7 ou party de bureau. Tout cela bien visible grâce aux innombrables photos prises sur le vif dans les locaux de la compagnie et aux jeux-questionnaires auxquels il participe en ligne pour montrer à ses « amis » qu’il peut les battre à plates coutures.
Sans parler du nombre de fois où il met à jour son profil en ligne chaque jour durant les heures de bureau.
Voici une belle réputation en ligne pour Sylvain. Suffisamment parlante sur sa vraie personnalité pour échauder les recruteurs qu’il aurait aimé rencontrer, mais qui ne retournent pas ses appels ou envoient par politesse un courriel laconique disant que son CV sera conservé en banque.
L’histoire de Sylvain est fictive, mais ne vous êtes-vous pas reconnus quelquepart dans ce portait et ne pensez-vous pas qu’une histoire du même genre pourrait vous arriver?
Une étude récente, commandée par Microsoft et publiée ICI, révèle qu’aux États-Unis, 70% des recruteurs ont déjà refusé des emplois en se basant sur des informations personnelles trouvées en ligne à propos des candidats qui postulaient chez eux. On y constate aussi que cela fait désormais partie des politiques de recrutements dans 79% des compagnies de vérifier la réputation en ligne d’un postulant.
Cette même étude révèle, toujours chez nos voisins du sud, que seulement 7% de la population pense que son image en ligne peut nuire à sa réputation et les pénaliser pour une recherche d’emploi.
On n’y trouve pas de chiffres concernant le Canada, mais en se basant sur les autres pays représentés dans l’étude et les habitudes Internet au pays, il est certain que ces comportements se retrouvent au Canada.
Prenez le temps de parcourir l’étude, on y trouve des choses assez révélatrices concernant les habitudes des recruteurs.
Haaaa les réseau sociaux, on s’y fait tant d’amis.

Lire le texte de l’étude.